Parole de Mgr Jean-Claude Boulanger, Evêque de Sées, à l'occasion d'une rencontre régionale de Relais en juin 2002
L’homme n’est pas un héros, il n’est pas un robot, il
est profondément fragile, et on ne s’humanise qu’avec ses
pauvretés.
Un chemin de mort
Le chemin que le malade doit faire est dur. II
faut qu’un jour il accepte ses pauvretés et même
qu’il arrive à se réconcilier avec elles. C’est un
chemin très dur, mais il n’y a pas d’autre chemin
que le Christ sur la croix. C’est mystérieux. Je ne
comprends rien, mais tout est là. De la mort peut
jaillir la vie.
Si vous êtes là aujourd’hui, c’est que vous tenez
bon, comme Marie au pied de la croix. Elle
n‘est pas seule, il y a Jean et les deux femmes, une
petite famille, une Église. L’Église est née au pied
de la croix. C’est cela l'Église, cette communauté
où vous pouvez vous exprimer, où vous pouvez
pleurer, où vous pouvez enfin être vous-mêmes
avec cette croix qui est trop lourde à porter. Je crois
que ce que le Seigneur vous a donné, c’est cette
profonde amitié, ce soutien mutuel.
Un chemin de vérité
Devant la souffrance, il y a un scandale, « ce sur quoi
je trébuche ». Mais je crois qu’un jour peut-être, on passe
de « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » à « Père, je
m’abandonne à Toi ». II n’y a pas d’autre chemin. C’est
un chemin de vérité, même si l’on est complètement déstabilisé,
même si l’on risque de craquer. C’est un dépouillement,
un déchirement, une dépossession en même temps
qu’une immense culpabilité, parce qu’on touche à ce qu’il
y a de plus profond : la relation affective d’une mère à son
fils, d’une soeur à son frère, d’un père à sa fille. Les malades
psychiques disent que les autres ne peuvent imaginer
leur souffrance. Ceux qui sont dans une dépression profonde
vivent l’enfer. Rappelons nous la nuit profonde qu’a
vécu Thérèse de Lisieux. On a souvent l’impression que
le spirituel, la sainteté, est du coté de l’équilibre, quand
tout va bien. Mais la sainteté n’est pas réservée aux bien
portants. Les malades psychiques peuvent vivre eux aussi
un chemin spirituel.
Un chemin de vie
Vous, parents, le plus beau témoignage que vous puissiez
donner, c’est de vivre. Il est urgent que vous viviez
pleinement. A côté de ceux qui ne peuvent plus croire en
la vie, choisissez de vivre. Ne cédez pas au chantage affectif.
Pour eux, choisissez de vivre, même quand la souffrance
est trop forte.
Mais ne vous prenez pas pour Dieu. Si le fardeau est
trop lourd, déposez-le auprès de la Vierge Marie, déposez-
le auprès de Dieu en leur disant : « moi je n’en peux
plus, Tu t’en occupes, moi, j’ai fait tout ce que j’ai pu…
je ne sais pas si demain il sera encore vivant, mais c’est
Ton affaire ». Ne vous prenez pas pour des héros, vous
allez vous déshumaniser et toute la famille avec vous...
Vous devez préserver la famille... c’est fondamental.
« Choisis la vie ».
Là, nous touchons du doigt notre pauvreté, notre petitesse,
notre fragilité, nous ne sommes pas des parents
idéaux, ils n’existent pas. Réconciliez-vous avec votre faiblesse.
Là est la croix. Dieu n’est pas un Dieu Tout-Puissant,
c’est un Père dont la paternité est toute puissante
dans l’amour infini. Vous êtes sur la croix, Vous êtes
d’autres Christ. Mais ne portez pas seul cette croix.
Appuyez vous sur Marie; elle sait ce que c’est que de
perdre son enfant, elle l’a vécu. De notre impuissance devant
l’anorexie, le délire psychique, le chantage au suicide,
peut jaillir la vie. C’est le mystère qu’il faut accueillir,
mais sans rester seuls. Il faut pouvoir passer le relais, ne
pas se laisser engloutir dans la souffrance de la personne
malade. Sinon, il y aura deux noyés. La force que Dieu
vous donne, c’est de tenir bon, malgré tout. Seul le Christ
est descendu aux enfers, pour nous. C’est son affaire :
« Seigneur, c’est aussi Ton affaire que d’autres prennent
le relais ». Vous avez à choisir la vie.
Un chemin de résurrection
A travers vos visages, votre vie, I’oeuvre de la Résurrection
est là parce que vous communiez vraiment à ce
que le Christ a vécu, ce passage de la mort à la vie. C’est
à travers vos blessures que peut jaillir la vie, cette vie qui
vient de Dieu et qui donne du bonheur et même, malgré
les souffrances, qui donne de la joie : on est capable d’être
heureux, de se retrouver, on est capable de goûter un petit
moment de présence, d’affection. Car eux aussi, vos proches
malades, vous révèlent quelque chose de Jésus.
Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais d’Amitié et de Prière. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.
Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.
Après la mort de Moïse, serviteur de Yahvé, Yahvé parla à Josué, fils de Nûn, l’auxiliaire de Moïse, et lui dit (…): « Je serai avec toi comme j’ai été avec Moïse, je ne t’abandonnerai point ni ne te délaisserai. (…) Sois fort et tiens bon, car c’est toi qui vas mettre ce peuple en possession du pays que j’ai juré à ses pères de lui donner. Seulement, sois fort et tiens très bon pour veiller à agir selon toute la Loi que mon serviteur Moïse t’a prescrite. Ne t’en écarte ni à droite ni à gauche, afin de réussir dans toutes tes démarches. *Que le livre de cette Loi soit toujours sur tes lèvres : médite le jour et nuit afin de veiller à agir selon tout ce qui y est écrit. C’est alors que tu seras heureux dans tes entreprises et réussiras. Ne t'ai-je pas donné cet ordre : sois fort et tiens bon ! Sois sans crainte ni frayeur, car Yahvé ton Dieu est avec toi dans toutes tes démarches. »
« Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance »
Jn 10,10
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« Dieu a toujours la porte ouverte pour nous laisser entrer en lui »