Extraits d'un exposé de Xavier le Pichon lors d'une journée Relais en 2000
Notre plus grand
handicap dans notre
relation avec des
personnes qui peuvent être
très perturbées est notre difficulté
à découvrir sous leurs
apparences extérieures que
leur coeur est un domaine,
caché certes, mais d’une très
grande richesse
et qui a toutes
les possibilités pour mener
une vie très profonde
d’union à Dieu, même si elles
n’en ont pas conscience.
Dans un petit livre intitulé
« La mort », j’ai raconté comment
mon père, qui avait
choisi d’accompagner jusqu’au
bout son épouse dans
le lent processus de dégradation
mentale de la maladie
d’Alzheimer, avait découvert
progressivement qu’une réelle
communion s’établissait
toujours plus profondément
entre eux, grâce à ce don
continuel d’une présence offerte.
Dans cet échange mystérieux
du don mutuel de leur
présence, c’est sans doute
mon père qui avait le plus
changé et l’influence de ma
mère n’avait jamais été aussi
forte sur lui que lorsqu’elle
paraissait plus démunie.
De fait, la vie du coeur est
une vie faite de présence
dans le don mutuel de notre temps, qui est ce que nous
avons de plus précieux, parce
que le temps est unique
et irremplaçable.
C’est seulement
dans ce contexte que
nous pouvons, lors de moments
privilégiés, découvrir
cette vie du coeur très profonde
et habituellement très
cachée chez nos proches qui
connaissent la grande souffrance
du handicap psychique.
Nous découvrons alors
que si le niveau moral ne leur
est souvent pas complètement
accessible, le niveau
théologal, celui de la communion
avec Dieu et avec les
hommes, faits à son image,
est celui auquel elles peuvent
vivre de manière habituelle.
Petits et pauvres
Jésus n’a-t-il pas toujours
considérer de manière privilégiée
les petits et les pauvres
? Les personnes handicapées
psychiques ne relèvent-
elles pas d’une certaine
manière de ces deux catégories
? Il n’est donc pas
étonnant que Jésus leur ait
réservé une voie d’accès toute
particulière à l’Esprit
Saint, la possibilité d’une
réelle sainteté. Le Père Thomas
Philippe, co-fondateur
de l’Arche avec Jean Vanier, pensait que les hôpitaux psychiatriques,
qu’il visitait régulièrement,
recèlent de véritables
saints qui vivent une
vie très cachée d’union avec
Dieu venu les rejoindre au
fond de leur souffrance. Cette
vie se manifeste au niveau
de ces vertus très simples
mais très profondes que sont
la foi, l’espérance et l’amour.
Mais les personnes handicapées
psychiques ont besoin
de l’aide que Jésus a
prévue pour elles dans son
Eglise, et d’abord d’y être
accueillies dans leur espace
de liberté. Il est très difficile
mais très important de découvrir
pour chacune de ces
personnes quel est son espace
de liberté et de lui laisser
l’usage de cet espace. Car
c’est à l’intérieur de cet espace
qu’elles vont pouvoir
cheminer vers Dieu, sur ce
chemin de l’amour, à partir
d’actes de foi, d’espérance et
d’amour à leur mesure, qui
n’est pas celle des autres,
mais qui est très grande.
C’est pour cela que le Saint
Sacrement peut prendre une
telle place chez elles. Devant
Jésus qui les accueille dans
le silence, dans leur singularité,
elles trouvent un véritable
espace de liberté. Elles ont devant le Saint Sacrement
la possibilité d’une
communion avec les autres
sans avoir besoin de parler.
Souffrance
et réconciliation
Le sacrement de réconciliation,
entendu comme le
passage de l’Esprit Saint
venu rétablir la paix dans un
coeur qui a soif de communion
et de bonheur, même
si cette soif ne se manifeste
pas extérieurement, peut
être également une aide très
puissante pour elles. Nous
n’avons pas suffisamment
compris que les sacrements
de Jésus ont été conçus pour
aider non « les bien portants,
mais les malades ».
Chez la personne handicapée
psychique, l’impression
plus ou moins forte de
ne pas contrôler sa « tête »
peut engendrer une grande
souffrance mais rend souvent
encore plus forte ce sens de
la mort et ce besoin du souvenir
au-delà de la mort.
C’est souvent dans les
hôpitaux une de leurs plus
grandes souffrances : « qui
se souviendra de moi après
la mort ? qui rendra visite à
ma tombe ? ». Elles vivent de manière très spéciale les
notions de vie et de mort, à
partir de ce besoin de communion
qu’elles ont l’impression
de ne pouvoir atteindre.
Elles ont une soif
des béatitudes qu’elles ne
peuvent exprimer. Seule la
présence effective, à partir
de l’inventivité que donne
l’amour, permet d’établir une
communion qui n’est pas
toujours directement discernable,
mais que l’amour nous
permet parfois d’entrevoir.
On est alors émerveillé de
découvrir l’espace d’un instant
un coeur très pur d’enfant
enfoui sous les symptômes
du handicap.
D’une certaine manière,
la vie théologale, cette vie du
coeur, est le seul bien des
personnes handicapées psychiques.
Ce bien, elles ne
peuvent pleinement en profiter
qu’avec notre aide. Elles
peuvent alors réellement
rayonner et apporter une
nouvelle vie à ceux qui l’accueillent.
Il est essentiel de
comprendre qu’elles ont elles
aussi à donner et qu’elles
ont besoin qu’on reconnaisse
leur don pour ne pas
être écrasées par leur souffrance.
Lorsqu’elles sont accueillies
ainsi avec amour,
elles nous élèvent à leur niveau,
celui de la vie théologale,
de la communion, de
l’amour, de la foi et l’espérance,
nous introduisant
dans l’esprit des béatitudes.
Xavier LE PICHON, Fondateur des Amis de la Cité de Dieu
Ouvrages: - « Aux racines del’homme » Ed. Presses de la Renaissance - « La mort » Ed. Desclée de Brouwer
Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais d’Amitié et de Prière. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.
Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.
Après la mort de Moïse, serviteur de Yahvé, Yahvé parla à Josué, fils de Nûn, l’auxiliaire de Moïse, et lui dit (…): « Je serai avec toi comme j’ai été avec Moïse, je ne t’abandonnerai point ni ne te délaisserai. (…) Sois fort et tiens bon, car c’est toi qui vas mettre ce peuple en possession du pays que j’ai juré à ses pères de lui donner. Seulement, sois fort et tiens très bon pour veiller à agir selon toute la Loi que mon serviteur Moïse t’a prescrite. Ne t’en écarte ni à droite ni à gauche, afin de réussir dans toutes tes démarches. *Que le livre de cette Loi soit toujours sur tes lèvres : médite le jour et nuit afin de veiller à agir selon tout ce qui y est écrit. C’est alors que tu seras heureux dans tes entreprises et réussiras. Ne t'ai-je pas donné cet ordre : sois fort et tiens bon ! Sois sans crainte ni frayeur, car Yahvé ton Dieu est avec toi dans toutes tes démarches. »
« Il s'en va, il s'en va en pleurant, il jette la semence,
il s'en vient, il s'en vient dans la joie, il rapporte les gerbes »
du Psaume 125
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