Deux heures du matin, le téléphone retentit dans mon sommeil
et une voix m’annonce : « Votre fille est tellement délirante
que j’appelle les pompiers ».
Le monde et ses drames nocturnes font irruption dans ma chambre.
Mon cerveau et mon corps sont imprégnés de cette nouvelle.
Ma fille est en danger quelque part. Cela m’a été annoncé.
Sentiment d’inquiétude, de folle inquiétude, d’impuissance. Mon
Dieu, que faire ? Je sais que Tu es avec moi depuis le commencement
du monde. Ensemble nous allons faire ce qu’il faut faire. C’est
tout. Ensemble. Je ne suis pas seule à gérer ce qui m’est annoncé.
Je suis habitée d’une Présence bienveillante qui me guide. Je ne
Te demande rien puisque je sais que Tu sais, depuis que le monde
est monde que chaque plus petite créature humaine est porteuse
de sa présence divine - de ma fille en proie à un délire intolérable,
de l’amie qui vient de m’appeler en pleine nuit, des pompiers qui
font inlassablement leur travail nocturne, du compagnon qui pendant
tout ce charivari dort d’un sommeil d’enfant, parce qu’il serait
trop lourd pour lui de prendre une décision.
La vrille se met en place au milieu de votre coeur de maman et
le rend vigilant, juste ce qu’il faut pour être en situation d’accueil.
« De loin, il l’aperçut et courut le serrer dans ses bras ».
Tout est écrit, c’est si simple…
Le coup de sonnette déchire le silence qui devenait lourd. Elle
est là, folle, hagarde, totalement désorientée. Mes bras s’ouvrent.
Aucun mot n’est à formuler : tu es là en détresse, je suis là en
accueil, c’est tout. Il n’y a besoin que de la chaleur d’un lit, d’un
pyjama, de bras surtout. Aucune question, toute question peut
être agressive. Il n’y a qu’à rassurer.
Nous sommes là déjà dans ce que les croyants appellent la
prière. Nous sommes, elle, moi, le frère parti dans la nuit chercher
des médicaments salvateurs, en communion. Cela suffit à la prière.
La tendresse nous porte. La nôtre, bien sûr, faite de chair et de
sang, de coeurs battants et de folles inquiétudes mais la Sienne
aussi puisqu’Il est venu dans notre histoire pour cela. Pour connaître
chaque délire, chaque angoisse, chaque souffrance, chaque
mort. Connaître pour mieux aimer. C’est Lui le Tout-Puissant d’amour
qui décide cela, venir dans notre humanité pour vivre avec les
hommes, nous remplir de Sa présence.
Nous y avons cru cette nuit-là.
Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais d’Amitié et de Prière. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.
Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.